Un bien mystérieux tableau espagnol à la Chapelle de Montgauzy

Un mystérieux tableau espagnol vient de trouver refuge à la chapelle de Montgauzy, à Foix. Entreposé à Foix depuis plusieurs années, "L'entrée de Charles Quint au monastère de Yuste" a été restauré par la Ville de Foix et mis à disposition dans le cadre d'une convention signée avec le Département et l'association des Amis de la Chapelle de Montgauzy. Non signé et non daté, ce tableau possède un double à Barcelone, de l'artiste Antonio Casanova y Estorach. S'agit-il du même peintre, ou de l'un de ses disciples ? A-t-il été mis en lieux sûrs durant la guerre d'Espagne? Le mystère demeure...

L’arrivée du tableau à la Chapelle de Montgauzy

Le tableau « L’entrée de Charles Quint au monastère de Yuste » était entreposé depuis plusieurs années dans l’une des chapelles latérales de l’église paroissiale Saint-Volusien de la commune de Foix, propriétaire de
l’oeuvre.
Au cours d’un programme de restauration du mobilier de l’église Saint-Volusien, engagé par la commune de Foix, cette toile a été confiée à l’entreprise de restauration du patrimoine Malbrel à Capdenac, dans le Lot.
L’opération a été l’occasion de documenter le tableau, dont on ne savait rien et dont le thème exceptionnel cadrait peu avec les représentations rencontrées habituellement dans les édifices religieux.
La Ville de Foix a alors sollicité le Conseil Départemental de l’Ariège pour envisager l’organisation d’une exposition au sein du Musée départemental du Château de Foix. L’accrochage n’y étant pas possible, du fait
des dimensions de la toile, il a été proposé, en accord avec le Père Edouard de La Portalière, affectataire des lieux, de l’exposer dans la chapelle de Montgauzy, sur un mur spécifiquement restauré depuis. Une convention
de mise à disposition a donc été établie entre la Ville et le Département.

Une représentation similaire conservée au Musée national d’Art de Barcelone

Les recherches ont permis d’identifier l’auteur d’une représentation similaire de l’épisode de la vie de Charles Quint. Un tableau identique, quoique plus grand (432 x 650 cm), est en effet conservé au Musée national d’Art de la Catalogne (MNAC) à Barcelone.
L’auteur est un artiste catalan, Antonio Casanova y Estorach, né à Tortoze en 1847, et mort à Paris en 1896. Le tableau du musée de Barcelone est daté de 1889. Il a été confié à l’institution (MNAC) en 1906 par la Diputación de Barcelona.
La toile représente une scène commémorée de nos jours encore dans la commune de Cuacos de Yuste, (province de Cáceres en Estrémadure, Espagne). Il s’agit de l’arrivée de Charles Quint au monastère de Yuste en 1557. Le souverain s’est retiré en ces lieux après s'être dépouillé de ses diverses couronnes et du titre impérial. Son retrait de la scène politique s'était déroulé selon une longue et méticuleuse mise en scène qui trouvait son terme dans un couvent écarté, aux confins de l’Estrémadure. Le monarque y mourut le 21 septembre 1558. La scène le montre à son arrivée à la porte du monastère où il est accueilli par les moines hiéronymites (Ordre de Saint-Jérôme) de Yuste.

Une oeuvre énigmatique mais précieuse…

Le tableau arrivé de manière mystérieuse en Ariège avait été protégée au titre des Monuments historiques par arrêté préfectoral du 4 novembre 2004.
Cependant, cet exemplaire présent à Foix n’est ni signé ni daté. Il est seulement marqué, au revers, d’un tampon semblable à celui de la toile conservée à Barcelone. Il n’est donc pas possible, en l’état actuel des recherches, de préciser s’il est réellement né de la main de l’artiste Casanova y Estorach ou s’il s’agit d’une copie réalisée par un autre peintre.
La restauration a permis de démontrer que l’oeuvre a été réalisée avec un grand soin et qu’elle est par ailleurs d’une grande qualité picturale. Le cadre, un moulage de plâtre doré, n’a pas été conçu par le recours à des techniques en usage en France alors. Cela donne à penser que l’oeuvre et son cadre ont possiblement été réalisés en terre catalane.

… et protégée des affres de la guerre ?

La présence à Foix de ce tableau pose question. Un chercheur de l’université de Rovira et Virgili de Tarragone, Aleix Roig Pallarés, travaillant sur l’artiste, a émis l’hypothèse que ce tableau aurait pu être mis en sécurité à Foix lors de la guerre d’Espagne. En effet, des oeuvres d’art espagnoles ont été mises à l’abri dans d’autres pays durant cette période. Aucun élément ne permet à ce jour, de confirmer ou infirmer cette hypothèse.
Il apparaît toutefois que ses grandes dimensions (200 x 300 cm) sont peu compatibles avec une conservation en mains privées. Un tel format laisse à penser que la toile a toujours été conservée dans une institution, église, musée, ou édifice public.

 

Préserver et valoriser la chapelle de Montgauzy

La chapelle Notre-Dame de Montgauzy, a fait l’objet de plusieurs opérations de rénovation au cours des derniers mois. En partenariat avec le Conseil Départemental de l’Ariège, propriétaire de l’édifice, l’association des Amis de la Chapelle oeuvre à la préservation de ce lieu patrimonial. L’arrivée d’un tableau à l’histoire nimbée de mystères a également conduit le Département à engager des travaux pour permettre l’accueil de l’oeuvre, tout en poursuivant l’objectif de valoriser ce lieu emblématique de la cité comtale.
Le site est affecté au culte, mais reste la propriété du Département, qui en conserve l’usage ponctuel. Il peut ainsi y organiser des manifestations culturelles tels que concerts et conférences, ou accueillir des expositions, toujours dans le respect de l’affectation au culte, en accord avec l’association des Amis de la Chapelle et l’affectataire des lieux.
Un concert de musiques anciennes et sacrées était par exemple organisé, à l’occasion de la Nuit des musées, le 14 novembre. La situation sanitaire a contraint à l’annulation de cette opération qui sera reprogrammée dès que les conditions sanitaires le permettront.

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Les opérations conduites par "Les amis de la chapelle"

L’association paroissiale des « Amis de la Chapelle de Montgauzy » a pour objet la restauration des lieux afin d’en améliorer le confort et l’esthétique. Son engagement concerne la mise en oeuvre et l’exécution de travaux de restauration des intérieurs de la chapelle de Montgauzy, hors opérations structurelles de gros-oeuvre et travaux réputés « à risque », tout en maintenant l’espace en accès libre et gratuit.
La convention signée entre le Conseil Départemental de l’Ariège et Les Amis de la Chapelle permet de définir clairement les missions de chacun dans la préservation et la restauration de ce lieu, et de protéger les parties en terme de risques et de responsabilité, ainsi que de financement puisque la convention donne lieu au versement d’une subvention (2 500 € par an).
Depuis plusieurs années déjà, l’association a initié diverses opérations telle que la reprise des peintures de la chapelle latérale de droite. Au fil des interventions, les murs et le sol de la petite pièce à droite dans le narthex (qui fait office de salle de réunion) ont également été rénovés, de même que le dallage de l'entrée en pierre ou encore le plancher de la tribune.
Il a été également été procédé à un piquage des enduits de ciment sur les murs extérieurs situés au nord sur une hauteur de 1,50 mètre, afin de résoudre les problèmes d'humidité en intérieur ; ainsi débarrassés de leur enduit les murs respirent et permettent un assainissement de l’édifice.
Pour les travaux à venir, les membres de l’association se consacreront à la reprise des planchers dans l’église ainsi que les sols et murs dans la petite salle de gauche dans le vestibule.

Les opérations conduites par le Département

Les services du Conseil Départemental ont, plus récemment, pris en charge la reprise des plâtres et de la peinture sur les murs de part et d'autre de la porte d'entrée : le pan de droite devant servir l’accrochage du tableau. La même opération a été réalisée sur les murs de la chapelle latérale de gauche ainsi que la voûte.
La consolidation de l'escalier donnant accès au clocher reste à prévoir. Ainsi que, chantier plus conséquent, la reprise des enduits et des peintures de la nef, y compris des voûtes.
Enfin, est également prévu le confortement de la balustrade de la tribune et la reprise des murs (enduits et peintures).
La restauration de la peinture murale de l'abside sera la dernière étape de la restauration de la chapelle de Montgauzy.
A ce jour, les travaux ont été réalisés par les entreprises De Lima Joao (plâtreries) et Depaquis (peintures), pour un coût de 13 360 €.